D’ amour, d’entraves et d’adaptations

EN ÉCHO À NOTRE ÉPISODE DU 24 FÉVRIER
Après onze mois de vie sous cloche, couples et célibataires périgourdins ont vu leur amour entravé par les différentes restrictions sanitaires. D’autres ont su s’adapter. En témoigne Tiphaine Besnard-Santini, leur sexothérapeute.

Quand sonne le premier confinement, les appels cessent. La patientèle s’évapore, comme tapie avec fragilité dans la fin de l’hiver. Avec les premiers rayons solaires de mai, les maux éclosent de nouveau. En juillet, « la patientèle a explosé ! » s’étonne encore Tiphaine, sexothérapeute basée à Corgnac-sur-Lisle en Dordogne, tout autant agréablement surprise que déconcertée.

Il aura fallu une année aux couples confinés pour parler, du positif come du négatif: « la question de la violence psychologique vécue durant le premier confinement n’est apparue que le mois dernier ». Onze mois ont passé et la déprime s’est durablement installée dans le quotidien de certains habitants de Périgueux et ses alentours.

« Le moindre désir de quoi que ce soit s’est éteint puisqu’il n’est pas attisé »

« Cet ennui, cet étouffement constant a donné lieu à une perte d’envies. Non seulement la crise sanitaire a arrêté net les projets lancés l’an dernier mais le sentiment de semi-prison qui plane en permanence a coupé l’herbe sous le pied des perspectives à venir, tels que les projets d’achat ou de construction de maisons et de voyages. Et avec eux, la libido ». Comme ce patient qui a vu le désir s’estomper et estime que le confinement en est responsable. « En plus d’avoir perdu son travail, il ne voit plus ses amis car il a un parent fragile. Le moindre désir de quoi que ce soit s’est éteint puisqu’il n’est pas attisé ».

Pour certains couples, l’oppression du confinement a acté la séparation. Dans un premier temps, il s’agissait seulement de ne plus vivre au même endroit, pour se laisser respirer. Or, « la décohabitation a conduit à une rupture », de ce qu’a constaté la professionnelle du sexe, car les confinements et couvre-feux successifs mettent en exergue les problèmes et agacements sous-jacents auxquels « personne ne peut échapper » assure-t-elle avec fermeté. A l’instar de ce couple de femmes, que Tiphaine avait pour habitude de retrouver face à son écran pour échanger des difficultés. Ne vivant pas ensemble auparavant, le confinement a eu raison de leur amour : la situation révélant plus particulièrement leurs défauts, malgré la tendresse qu’elles se portaient au quotidien l’une et l’autre.

A chacun sa solution

Lorsqu’il ne s’agit pas de déception, c’est la frustration. Élisa, en relation polyamoureuse, ne s’est pas autorisée à rencontrer d’autres partenaires, de peur d’infecter son aimée et ses proches. Si ce manque de rencontres n’a pas d’incidences directes sur son couple polyamoureux, la privation de nouvelles sensations de séduction ont fini par la blaser.

« Ne plus vivre ensemble  redonne une impulsion » 

Pour préserver leur amour – notamment charnel -, certains couples ont procédé à des choix radicaux après avoir passé un premier confinement ensemble : arrêter de vivre l’un avec l’autre permet de « redonner une impulsion, créer du manque, de la surprise » atteste la sexothérapeute. Pour d’autres, ce sont les réunions intimes qui priment. A l’instar des instants de plaisir et d’insouciance retrouvés dans les Love Hotels bordelais, abordés dans l’épisode « Love Hôtels : pas de répit pour les fantasmes » de Podcastine et dans l’article de Camille Soula intitulé « Love Hotels : où passer les couvre-feux de l’amour à Bordeaux » publié sur le site de Rue89 Bordeaux.

Elle ajoute : « chacune et chacun a repris le contrôle sur son espace et donc a pu exprimer son individualité dans son entièreté », à l’image des 1,8 millions de Françaises et de Français qui, selon une enquête de l’Inded et de l’Insee datant de mai 2019, revendiquent leur statut de couples non-habitants. Une solution de conservation d’affection qui consiste à se focaliser sur l’unique plaisir de se retrouver pour un moment de sérénité et de plaisir. « Si je ne les vois plus c’est donc que ça va mieux » présume, enchantée, la professionnelle périgourdine.

Quant aux célibataires, l’immigration rurale leur demeure la perspective la plus festive et bénéfique, raconte Tiphaine. « Il est plus difficile de frauder à Paris qu’à Toulouse. A la capitale, l’omniprésence du virus engendre de réelles angoisses et tétanisent bien du monde à sortir de chez soi. D’autant plus pour côtoyer de nouvelles personnes ». A l’inverse, d’après certaines et certains patients de la sexothérapeute corgnacoise, les festoiements et rencontres reprennent – avec modération – leurs cours. Sur le plateau des Millevaches, le ciel limousin étoilé a vu quelques amours éphémères se créées, tandis que quelques guitares réunies autour d’un feu se répondaient d’accords en accords.

Quelque soit le type d’isolement, le besoin de flirt et d’amour charnel demeure. Des auteurs d’études psychologiques et sexuelles américaines et européennes – notamment publiées dans le Journal of Sexual Medicine – soulignent l’importance des relations virtuelles par internet. Le considérant comme « un outil permettant d’améliorer la santé sexuelle, en particulier dans ce nouveau scénario Covid-19 ».

Lisa Fégné