La reprise du site est un espoir

Le groupe Etex a annoncé, début octobre, se désengager de la papeterie de Bègles. Même si elle retrouve un repreneur, le maintien des emplois de la « Vieille Dame » ne sera pas forcément garanti. Entretien avec Daniel Castanon, délégué syndical CGT de la papeterie de Bègles.
Après 91 ans de service, la papeterie de Bègles est menacée de fermeture. Les salariés composent une famille, comme le raconte Hugo Cunchinabe pour son sujet « Papeterie de Bègles : comment sauver la « Vieille Dame » » diffusé à l’antenne et sur le site de notre partenaire La Clé des Ondes et dans l’épisode « Papeterie de Bègles : la  »Vieille Dame » qui ne voulait pas mourir » sur Podcastine. Daniel Castanon, délégué syndical CGT, évoque les conséquences d’une éventuelle reprise partielle ou, pire, d’une fermeture du site.

Pour quelles raisons le groupe Etex s’est-il désengagé ?

Au départ, l’argument avancé était pécuniaire : il n’y avait pas assez d’argent pour maintenir l’activité de la papeterie. A cela s’ajoute une volonté de leur part de se retirer du site car il ne correspondrait pas à leur corps de métier.

En plus des 91 employés de la papeterie, ce sont entre 150 et 200 personnes dont les emplois sont en danger

Au total, si la papeterie de Bègles ne trouve pas de repreneur, combien d’emplois seront touchés ?

La papeterie compte 91 salariés – parmi lesquels 5 femmes et 86 hommes – dont les emplois sont menacés. Sans compter les 10 salariés en contrat d’intérim -et non pas 100 intérimaires, une information erronée relayée dans la presse. Sans oublier non plus les emplois indirects. En effet, nous travaillons de pair avec des entreprises de transport de marchandises pour acheminer le papier. Ce sont entre 27 et 30 camions par jour qui sont de passage sur le site. Les salariés de la maintenance, de la station d’épuration et du service des produits chimiques sont aussi concernés. En plus des 91 employés de la papeterie, ce sont entre 150 et 200 personnes dont les emplois sont en danger.

Les salariés âgés de 45 à 55 ans se voyaient terminer leur vie professionnelle ici

Qui sont ces salariés ?

Au sein de la papeterie de Bègles, la pyramide d’âge est élevée. Sur presque une centaine de personnes, on en compte vingt qui ont entre 55 et 60 ans. La moyenne d’âge est de 48 ans. Il y a deux ans, nous avons accueilli de jeunes nouveaux salariés. C’est compliqué pour eux car grâce à cet emploi, ils avaient contracté des crédits pour s’installer dans des maisons et créer une vie de famille. Quant aux salariés âgés de 45 à 55 ans, ils se voyaient terminer leur vie professionnelle ici, à la papeterie. La situation est d’autant plus délicate qu’après 35 ans d’ancienneté au sein d’une entreprise, il est difficile de retrouver un emploi.

Comment s’est déroulée la table-ronde du 30 novembre dernier ?

A notre demande, une table ronde a été organisée pour discuter de l’avenir de la papeterie. Nous étions accompagnés de notre cabinet de recherche de repreneur, Alixio. Le maire de Bègles, des représentants du groupe Etex, de la région, de la métropole, du Conseil Régional et d’ Euratlantique étaient présents. Nous avons exprimé nos inquiétudes à l’égard de la date butoir – fixée au 15 janvier par le groupe Etex – pour trouver un repreneur. Nous considérons le délai trop court pour effectuer une recherche sérieuse car il nous semble préférable d’établir un business plan avant de trouver un repreneur.

Une personne a porté de l’intérêt mais n’a pas encore proposé d’offre

Y-a-t-il un repreneur intéressé ?

Pour l’heure, une personne a porté de l’intérêt pour le site et s’est positionnée en faveur d’une réindustrialisation. Dans cette optique, le site serait arrêté pour deux ou trois ans, le temps de mettre en place de nouvelles machines. Pour les salariés, prendre cette direction n’a pas d’intérêt car ils n’auront aucune garantie de se faire réembaucher après leur licenciement. Bien qu’elle ait effectué une visite du site, cette personne étudie les possibilités et n’ a donc pas encore proposé d’offre. Nous aurons des nouvelles fin janvier.

Aujourd’hui, les ouvriers et les ouvrières adoptent quel état d’esprit ?

Nous ressentons de la révolte, de l’inquiétude et de l’angoisse. La reprise du site est un espoir auquel tout le monde s’accroche. Il s’agissait de répondre aux attentes des salariés en préservant leurs emplois. Néanmoins, c’est de plus en plus difficile de conserver un cap optimiste. Le manque de projection dans l’avenir, sans doute plus probant pour les personnes âgées de 40 ans, génère un stress considérable. Beaucoup ne dorment quasiment plus. Deux psychologues accompagnent le plan de sauvegarde de l’emploi. Si nous ne pouvons pas les sauver professionnellement, il faudra les aider mentalement.

Après avoir échangé avec les salariés, nous faisons valoir leur droit de retrait

Une assemblée générale, réunissant les salariés de la papeterie, s’est tenue vendredi 8 janvier. Des actions sont-elles lancées ?

Nous avons pris la décision d’envoyer un courrier à la préfecture pour demander une nouvelle réunion afin de discuter de nouveau du manque de temps pour trouver un repreneur. Après avoir échangé avec les salariés, nous faisons valoir leur droit de retrait. Pour des raisons de sécurité, ils n’utiliseront plus la machine. Le papier ne sera donc plus produit. Nous envisageons d’autres actions à venir.

                                                                                                                                

                                                                                                                                   Lisa Fégné