Lancée il y a 15 ans, l’association Sakado poursuit plus que jamais son activité. Les fondateurs, Pascal Parrot et Thierry Teulade, racontent la genèse de cette initiative solidaire et son développement.

L’association Sakado s’est récemment implantée à Bordeaux, comme le raconte Solène Méric dans « Sakado : en route pour la solidarité » sur Podcastine, daté du 16 décembre, et dans son article « Sakado : le sac cadeau solidaire et festif pour les sans-abris » publié sur Aqui !. Retour sur les prémisses de cette action engagée avec les deux créateurs.

Trente années d’amitié les unissent. L’un est DRH, l’autre est photo-journaliste. Ils ont tous deux vécu à Clapiers, en périphérie de Montpellier. Thierry Teulade et Pascal Parrot ont créé, quinze ans auparavant, l’association Sakado qui, grâce à la « générosité de nombreux donateurs », distribue des sac-à-dos remplis de produits alimentaires, d’hygiène et culturels. En tant que photo-reporter, Pascal s’est rendu dans « plein de pays où on côtoie la misère. Frustré de ne pas pouvoir agir dans ces territoires, j’ai réalisé que je pouvais aider dans mon pays ».

Notre ami Patrick partait avec toutes ses affaires dans un caddie car il avait peur qu’on les lui vole

Pour Thierry, le déclic s’est acté avec une rencontre, celle de Patrick, qui vivait dans la cabane d’un vigneron de Clapiers. Régulièrement, Thierry et ses proches lui apportaient des vêtements et de la nourriture. L’occasion de discuter, de se découvrir. « Un jour, alors que je lui amenais du pétrole pour son poêle à bois, je le vois sortir avec son caddie rempli de toutes ses affaires ». Patrick lui explique que la porte du cabanon ne fermant pas à clé, il avait « peur qu’on les lui vole ». « Avec le seul neurone qui me restait, je lui ai demandé si ça n’aurait pas été plus simple avec un sac-à-dos » raconte-t-il sur le ton de la plaisanterie. Bras dessus, bras dessous, les deux acolytes se rendent dans un magasin de sport. « Moi je pensais à un sac style Eatspak de 15 ou 20 litres mais Patrick m’a expliqué qu’il lui en fallait un plus grand : quand on vit dehors, on se trimballe avec tout le nécessaire de survie ».

Peu de temps après, Thierry et Pascal échangent à propos de la vie dans la rue : « On a eu la même idée ! Pascal avec les sans-abris qu’il rencontrait dans le tram de Montpellier et moi, avec Patrick ! Nous en sommes arrivés à la conclusion que si c’était utile à notre ami Patrick, ça devait l’être aussi pour toutes les personnes qui n’ont pas de toit ». 

L’idée est de faire plaisir

Au-delà d’une aide alimentaire et hygiénique, « l’idée est aussi de faire plaisir » , détaille Pascal. Un peu de chaleur humaine, comme lors de ce moment privilégié durant une distribution de repas au CHU de Perpignan. :« Un SDF sort de sa poche un harmonica mais ne sait pas en jouer. Ayant entendu l’affaire de l’autre bout de la salle, un autre lui propose d’échanger son harmonica contre un livre car lui sait en jouer. Résultat : pendant une demi-heure, tout le monde a profité du bœuf! Ce moment a offert du bonheur, de l’espérance ».

Frappés du syndrome Coluche 

En 2005, année de lancement de l’association SAKADO, 50 sacs ont été distribués. Tous les ans, dans toutes les villes, le constat est le même : le besoin de sac-à-dos augmente de 15% à 20%. Le « sacré choc » pour Thierry a été « l‘explosion des travailleurs pauvres », il y a deux ou trois ans. A ces deux premières vagues de foyers pauvres s’en ajoute une troisième : les familles monoparentales féminines. « Après qu’un compagnon a quitté la maison, ces mères de famille se retrouvent dans l’impossibilité de payer leur loyer. D’autant que la plupart n’ont pas le réflexe d’utiliser les amortisseurs sociaux » explique Thierry. Déçu mais fier de ce que l’association a accompli jusqu’ici, il lance: « on est frappé du syndrome Coluche. Comme lui, on pensait faire ça pendant deux ou trois années, lancer une dynamique pour que la puissance d’Etat prenne le relais. Ce n’est pas le cas…Pourtant, les demandes affluent ! ». Les dons en témoignent – l’année dernière, ce sont 40 000 sac-à-dos qui ont été distribués – tout autant que l’exportation de l’association dans d’autres villes de France. « La demande est réelle : on n’a pas téléphoné à Lille, Rouen et Toulouse pour installer ce réseau associatif. Derrière l’idée, beaucoup de gens se sont mobilisés pour répondre à l’appel de la solidarité envers les plus démunis économiquement ». D’autant que le système Sakado s’est aussi importé à l’étranger, notamment en Belgique et en Espagne.

SAKADO dispense des cours de sensibilisation à la vie dans la rue

En plus des dons, SAKADO dispense des cours de sensibilisation à la vie dans la rue, en collaboration avec d’anciennes et d’anciens sans-abris, avec l’idée de déconstruire leur image, trop souvent fantasmée chez les publics de collège et de lycée. « Beaucoup ont conscience de la dureté de vie quotidienne sans toits mais certains fantasment la figure du SDF. Quand il n’est pas vu comme un gros fainéant, il est héroïsé car il ne travaille pas ». C’est de cette façon que Camille Jenny a connu l’association, lorsqu’elle était lycéenne dans un établissement scolaire de Montpellier. Partie vivre à Bordeaux pour y effectuer des études, elle lance une antenne bordelaise de l’association en septembre 2020. Aujourd’hui, elle est responsable de l’équipe Sakado de la métropole bordelaise. Ainsi, la boucle est bouclée et la relève assurée.

Lisa Fégné