Transsexuelle et mariée à l’église

EN ÉCHO À NOTRE ÉPISODE DU 5 MARS

L’Église protestante est réputée pour assurer, selon la volonté des pasteurs, des bénédictions de mariages de couples homosexuels. Elle bénit aussi des unions transsexuelles. Rencontre avec Shirley, trans et mariée.

Revenons un peu plus de cinq années en arrière. Nous sommes le 29 août 2015 et le soleil cogne contre l’église de L’Hermenault, petite commune de Vendée. A l’intérieur, tandis que la fraîcheur conservée par les murs anciens permet à la dizaine d’enfants de ne pas être assommée par la canicule, Shirley et Rudy s’engagent à être unis l’un à l’autre sous l’autorité de Dieu. L’événement, on en conviendra, est quelque peu inédit : une transsexuelle mariée dans une église catholique… par une pasteure protestante.

« Aucun prêtre ne voudra jamais marier une transsexuelle »

Pourtant, rares sont les proches de Shirley, famille ou amis, qui croyaient que ce mariage, dans une enceinte catholique, allait se réaliser. « Beaucoup me disaient :  »tu n’y arriveras pas » ou encore  »aucun prêtre ne voudra jamais marier une transsexuelle, c’est mort ». Et moi je leur répondais :  »vous verrez, je trouverais la solution » ».

La solution, c’est elle : Marianne Seckel, ancienne pasteure du temple protestant de La Rochelle, où elle a exercé sa profession durant sept années consécutives. Aujourd’hui paisiblement retraitée dans la Drôme, elle poursuit des activités bénévoles de solidarité, du fait du manque de pasteurs dans ce département rural.

« Les textes religieux sont à contextualiser, à interpréter en fonction de son temps »

Pour elle aussi, l’année 2015 a marqué un tournant. Alors que le mariage homosexuel civil a été voté le 23 avril 2013 par l’Assemblée Nationale, les débats autour du mariage de couples de même sexe sous l’autorité religieuse protestante ont fusé deux ans plus tard. C’est à Sète, en mai 2015, que lors d’un synode national, la bénédiction par l’église protestante des couples mariés de même sexe a été votée. Désormais, les couples homosexuels peuvent être mariés au temple, comme cela a été rappelé dans l’épisode de Podcastine « Eglise protestante, temple du mariage pour tous ? » et dans l’article « Couples homosexuels : se marier au temple » publié sur le site de la Revue Far Ouest. Pour autant, comme le précise Marianne, « c’est le conseil presbytéral de l’église locale qui décide s’il marie ou non ces couples ». Encore aujourd’hui, « l’idée même de l’homosexualité est perçue comme une perversion demeure » constate l’ancienne pasteure. « C’est pourtant contraire à ce qu’il y a marqué dans la Bible. Les textes religieux sont à contextualiser, à interpréter en fonction de son temps ».

Les refus répétés des prêtres

Pour elle, si le mariage homosexuel est reconnu par la loi civile, il peut tout aussi bien l’être par la loi divine. Elle explique : « la mission de l’Église, c’est de participer d’une bonne nouvelle, pas de réprimer ». Une bonne nouvelle qu’elle a apportée à Shirley, qui venait d’accuser son cinquième refus.
De culture catholique, Shirley a toujours souhaité se marier à l’église. Déterminée à être reconnue en tant que future femme mariée par l’institution religieuse, elle prenait rendez-vous avec des prêtres pour expliquer sa demande. « A chaque fois, c’était la même histoire : je prenais rendez-vous pour un mariage en omettant que j’étais transsexuelle – son changement de sexe était acté mais pas son changement d’identité civile. Je me rendais à l’église, où l’on m’accueillait avec des  »bonjour Madame ».

« Vous restez un homme, quoi qu’il advienne  »

Et systématiquement, dès que je présentais ma carte d’identité, sur laquelle il était noté  »Luc D. », c’était l’incompréhension. J’avais beau expliquer que mon identité juridique était en cours de changement, rien à y faire. »
Face à l’annonce, passée l’incompréhension, ses interlocuteurs restaient imperméables à sa requête et refusaient de la marier, en tant que femme mais aussi en temps qu’homme. Les justifications demeuraient les mêmes. Lorsque ce n’était pas : « Vous restez un homme, quoi qu’il advienne, et l’église catholique ne reconnaît pas le mariage homosexuel », il s’agissait du « Avec tout le respect que j’ai pour vous, vous êtes malade, il faut vous faire soigner. »

« Un rêve de jeune garçon qui se réalise »

Après le cinquième échec, Shirley poursuit ses recherches et comprend que l’église protestante reste plus progressiste que l’église catholique. Un coup de téléphone au temple de Bordeaux et elle est invitée à prendre contact avec Marianne Seckel, connue pour accepter de marier des personnes de même sexe. Les deux femmes se rencontrent, discutent et il est convenu que Marianne consacrera les vœux du mariage…dans une église catholique, une condition à laquelle tient Shirley. « Marianne s’est démenée pour nous marier dans une église catholique. Elle a contacté le prêtre de l’église de L’Hermenault et il a accepté ! ».
Si pour Marianne, il s’agit « d’une femme et d’un homme qui s’aiment et qui ont le droit de se marier sous l’autorité religieuse », pour Shirley, « c’est un rêve de jeune garçon qui se réalise ».
Alors que le changement d’identité de Shirley n’est toujours pas acté sur les documents, lors de l’échange de consentement durant la cérémonie, la pasteure atteste du genre féminin de Shirley et déclare : « Madame Shirley.D, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Rudy.G ? ». Une attention qui a particulièrement touché la jeune femme. « Au nom de Dieu, j’ai été mariée en tant que femme ! » s’enthousiasme-t-elle. Une prise de liberté par la pasteure qui lui aura valu quelques remarques de la part de certains conseillers presbytéraux mais pour laquelle elle n’a aucun regret.

En France, Coccinelle reste la première femme transgenre à s’être mariée à l’église en 1960, selon Karine Espineira, chercheuse en sociologie à l’université Paris 8 et co-fondatrice de l’Observatoire des transidentités.

Lisa Fégné

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