Une autre histoire du féminisme est possible

EN ECHO A NOTRE EPISODE DU VENDREDI 18 JUIN : « Féminisme : une histoire de violence »

Dans son essai « Un féminisme décolonial » paru en 2019, la politicologue et militante Françoise Vergès fait la critique d’un féminisme occidental et bourgeois qui ne chercherait pas à émanciper les femmes de couleur.

Elle lutte sur le plan intellectuel depuis sa majorité. Françoise Vergès, politicologue et militante féministe décoloniale propose une critique d’un féminisme occidental et bourgeois. Ce dernier permettrait d’atteindre l’intersectionnalité et la convergence des luttes : à la fois contre le sexisme, le racisme, le capitalisme, l’impérialisme. Il dénonce aussi les vestiges de l’idéologie coloniale qui structurent la société française.
Dans son essai, la politicologue explique qu’aujourd’hui la revendication du féminisme a évolué. Sur les ondes de France Culture elle compare : « dans les années 1970, se dire féministe, c’était tout de suite « mais vous n’aimez pas les hommes », alors qu’aujourd’hui, même des femmes d’extrême-droite peuvent se dire féministes. Décolonial, cela signifie voir comment la société demeure structurellement raciste et sexiste, parce que les deux vont très souvent ensemble. » Grâce à plusieurs mouvements de lutte nés dans les années 1960-1970, comme le Black Feminism qui s’inscrit dans l’inspiration du mouvement américain des droits civiques, la pensée décoloniale trouve son origine et tend à se développer. Ce n’est qu’il y a une dizaine ou une quinzaine d’année que la notion de décolonial – au sens affirmé – fait son apparition en Amérique du Sud ; faisant écho à ce que vivaient les femmes noires et américaines :

« les Noires aux États-Unis disaient qu’il n’y avait pas que la domination masculine qui expliquait notre situation. C’était aussi le fait d’être femme, d’être noire, d’être descendante d’esclave et d’être en prise avec le capitalisme américain. Ce n’était pas simplement nos pères et nos frères qui nous opprimaient. »

Parce que le féminisme classique des imaginaires collectifs omet les femmes de couleur – il n’est pensé que par et pour les femmes occidentales -, le féminisme décolonial le déconstruit.

Nouvelles colonialités

Au cœur de son ouvrage, Françoise Vergès évoque le féminisme civilisationnel. Selon ses recherches, ce type de féminisme reprend « le vocabulaire de la mission civilisatrice coloniale : la France est supérieure à tous ces autres peuples parce que ces peuples ne sauraient pas ce que c’est que les droits, que le progrès. » Pour la politicologue, le racisme anti-noir et l’islamophobie sont des formes de colonialités.
Pour l’illustrer, elle fait mention du voile. Lequel serait le symbole de la soumission aux pères et aux frères. La militante rejette cette idée :

« C’est ne rien comprendre à cette question du voile et ne pas voir que les femmes musulmanes elles-mêmes luttent contre le patriarcat dans leur communauté mais ne confondent pas cette domination avec d’autres formes d’oppression, comme les inégalités Nord-Sud ou le racisme quand elles sont en France ou les politiques néolibérales. »

Pour autant, cette critique ne nie pas l’existence de tyrans au sein de ces communautés.
Car le féminisme décolonial se définit, entre autre, par la prise en compte de « tous les niveaux et tous les éléments d’une oppression. »
Néanmoins, comme elle stipule dans la presse, « ça ne veut pas dire qu’on va excuser la violence d’un homme car il serait racisé. On va écouter la manière dont les femmes racisées élaborent et développent leurs luttes, elles. C’est quand même les premières concernées. »

 

Crédit photo : Monica Melton I Unsplash 

                                                                                                                                 Lisa Fégné

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