“J’aimerais qu’on me protège dans mon métier”

EN ÉCHO À NOTRE EPISODE DU 8 MARS

Durant cette pandémie, les femmes sont une nouvelle fois en première ligne, souvent majoritaires dans les métiers les plus pénibles et les moins valorisés. Rencontre avec une aide à domicile toulousaine qui aimerait un peu plus de reconnaissance.

Propos recueillis par Lisa Fégné

Podcastine a diffusé un entretien avec la documentariste Maud Guillaumin intitulé « Front Populaire : trois femmes en première ligne ». La journaliste évoque le film « Blum et et ses premières ministres » qu’elle a réalisé pour France 3 Nouvelle-Aquitaine et qui était diffusé par la chaine pour la journée internationale des droits des femmes, célébré chaque 8 mars . Sont aussi en première ligne, depuis la crise sanitaire, les infirmières, les aides soignantes et les aides à domicile, dans le domaine de la santé. Entretien avec Amandine*, aide à domicile depuis 13 ans, qui souffre d’un manque de reconnaissance de sa profession.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
J’ai toujours voulu venir en aide à celles et à ceux qui étaient dans le besoin, et comme je n’étais pas très assidue et concentrée à l’école, les métiers du sanitaire et du social m’ont attiré naturellement. Au départ pourtant, lorsque j’étais plus jeune, je ressentais une forme de rejet envers les personnes âgées. J’éprouvais de la pitié pour elles, c’était très difficile comme sentiment. Avec le recul, je me dis que ça vient peut-être du fait qu’on vit dans une société qui ne met pas en valeur ses aînés. Pourtant, à leur contact, j’ai appris tout ce que je n’avais pas lu dans les livres d’Histoire ! Même si c’est loin d’être facile tous les jours, surtout avec des personnes qui commencent à avoir des pathologies, le lien qu’on tisse ensemble est vraiment exceptionnel.

Quelles sont les difficultés de votre profession ?
Quand j’ai commencé, le plus dur a été le système d’horaires entrecoupées. En général, dans ce métier, nous ne faisons pas des journées en continu. La difficulté réside dans le fait que nos trajets maison-domicile et domicile-maison sont décuplés. Il y a même des fois où je mets plus de temps – en transport en commun – pour me rendre chez une personne, que pour l’aider dans son quotidien. C’est absurde ! Les agences de recrutement d’aides à domicile ne le comprennent pas…Elles ont pourtant conscience que ce fonctionnement nous épuise mais aucune perspective de changement à l’horizon. Mais ce qui me cause le plus de chagrin et ce qui m’atteint le plus moralement, c’est quand on constate la dégradation physique et mentale d’une personne à qui l’on rend visite tous les jours. Les pathologies mentales, surtout, me font peur. Une fois, j’étais chez une patiente que je connais depuis des années et je sentais bien que quelque chose n’allait pas : elle m’a menacé avec un couteau sans aucune raison. Je ne suis pas la seule qui ait été confrontée à ce genre de situations ! Parfois, j’aimerais être protégée quand j’exerce mon métier.

Pour quelles raisons vous sentez-vous peu reconnue dans votre métier ?
Je m’occupe des gens dont personne ne veut : ni les EPHAD, ni les familles… Il m’arrive de tomber sur des caractères bien trempés… Non seulement je me prends toute la misère sociale, et souvent financière, de ces personnes en plein visage – donc je ramène chez moi toutes les difficultés émotionnelles de la journée -, mais en plus, même en cumulant le maximum d’heures, je n’arrive pas à un SMIC complet. Je vis avec 600 euros, parfois 800 euros/mois. Avec ces revenus si bas, je ne peux même pas avoir droit à la prime d’activité. J’ai bien droit à la CAF mais elle a baissé… J’ai arrêté de penser que j’allais avoir une reconnaissance morale. Maintenant, je demande juste une reconnaissance financière car tout travail qui nous coûte mérite un salaire digne.