Alors que la mort, en novembre 1983, du jeune Habib Grimzi sur la ligne Bordeaux-Vintimille, a joué un rôle capital dans l’histoire des luttes antiracistes en France, nous avons enquêté pour comprendre ce qui s’était passé à bord du train 343.
Dans la voiture 113 où il se trouve, voyagent Anselmo Elviro-Vidal, Marc Béani, Xavier Blondel et Alain Kerbiriou, tous accompagnés du caporal-chef Joseph Logel. Dans la vingtaine, tous viennent s’inscrire pour passer les tests de recrutement qui feront peut-être d’eux de futurs légionnaires. L’approche d’une vie plus stricte ne les empêche pas, une fois à bord, de descendre les bouteilles de vin rouge et de whisky. En croisant une première fois Habib Grimzi, un regard mal interprété aurait suffi aux aspirants militaires pour asséner plusieurs coups. Parmi les voyageurs, personne ne bronche, préférant ne pas se mêler à cette histoire. Seul soutien du jeune homme, Vincent Pérez, le contrôleur principal du train. Ce dernier choisit d’installer l’homme de 26 ans dans un compartiment, fermé à clé, à l’arrière du train. Mais ses bourreaux manipulèrent un autre contrôleur, pas au fait de la situation, et parvinrent à y entrer, armés d’un couteau. Lorsque Vincent Pérez revint, dans le wagon désormais vide, des traces de sang situées proches de la porte grande ouverte sur l’extérieur lui fit comprendre le sort horrible qu’avait réservé ces hommes à Habib Grimzi. Une fois à quai, les autorités prévenues, la presse nationale s’empare de l’affaire. Mais ce qui frappe, c’est la légèreté des meurtriers. L’un d’eux déclara « Je n’aime pas les Arabes. Quand j’en vois un, j’ai envie de taper dessus », avant de nier avoir tenu de tels propos.
Publié le 11 janvier 2024