L’écosophie, la contradiction des pluralités

EN ÉCHO À NOTRE EPISODE DU 26 AVRIL : « Le Land art, la culture grandeur nature »

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                                                                                                              Lisa Fégné

L’écosophie – ou écologie profonde -, théorisée par le philosophe Arne Naess, tente de réconcilier nature et culture. François Yves-Brault, étudiant en humanités environnementales et spécialiste du philosophe fait part des limites de ce mouvement de pensée.

 

Réconcilier la nature et la culture. Voilà l’ambition de la pensée écosophique théorisée par le philosophe Arne Naess. Une ambition palpable dans certaines œuvres artistiques, comme a pu le constater Marion Ruaud en présentant l’épisode de Podcastine « Le land art, la culture grandeur nature » ou comme ont pu le découvrir les lecteurs de Rue89 Bordeaux avec l’article de Audrey Gleonec « Le Land art se dévoile en balades dans les Landes et en Gironde ». Étudiant en humanités environnementales à l’Université de Lausanne, spécialiste d’Arne Naess, François Yves-Brault, après avoir défini l’écosophie, en dresse les contradictions.

Quelle est la différence entre l’écologie et l’écosophie ?

François Yves-Brault : L’écologie étudie les relations et les interactions entre les organismes de différents milieux. Pour autant, dans l’opinion populaire et médiatique, l’écologie est politique. On l’utilise pour décrire les problèmes liés au climat, à la biodiversité. Bien que l’écologie politique soit marquée à gauche, elle fait aujourd’hui l’objet de promesses électorales à droite. Aujourd’hui, l’amalgame est palpable entre l’écologie politique et l’écologie scientifique : on peut être écologiste mais n’avoir aucune connaissance en écologie scientifique. Quant à l’écosophie, elle provient du terme  »oikos-sophia » qui signifie la sagesse de la nature ou plutôt la sagesse d’habiter la Terre. Pour le philosophe norvégien et militant écologiste, Arne Naess, fondateur de ce terme, l’écosophie donne du sens dans les relations entre la nature et la culture car elle pose la question « quelle est ma vision du monde ? Quels modes de vie souhaiterais-je pratiquer pour habiter ma planète ? ». L’écosophie est donc plurielle : pour chaque vision du monde, selon Arne Naess, une écosophie existe. L’écologie telle qu’elle est conçue aujourd’hui par le politique est superficielle pour Arne Naess : on va combattre le taux de carbone sans pour autant changer de mode de vie. On pense pouvoir régler le problème par la technique. Or, selon le philosophe, l’être humain n’est pas le centre de l’environnement.

 

Les écosophies peuvent-elles entrer en contradictions ?

Selon Arne Naess, clairement. Car pour lui, il est très important de préserver la diversité des visions que l’on peut avoir du monde. Ces entrées en contradiction, selon moi, ne pourront jamais aboutir à une union puissante. Au sein de ce mouvement, il y a des malthusiens qui estiment que le problème premier à régler pour préserver l’environnement est le capitalisme. Et pour d’autres, il s’agit de la surpopulation; aucun accord empirique ne sera mis en œuvre. Dans le cas où les critiques sont différentes, les réponses le seront tout autant. Pour le théoricien anarchiste Murray Bookchin, accueillir toutes les formes de pensées au sein du mouvement écosophique n’est pas la bonne approche car il y a toujours le risque d’intégrer des personnes mal-intentionnées. C’est exactement ce qu’il s’est passé au sein du mouvement. Un aspirant a formulé des propos racistes, misogynes et misanthropes : alors qu’une éventuelle aide humanitaire américaine était évoquée pour venir en aide à des populations africaines, il aurait rétorqué : « il faut laisser la nature faire ». C’est en cela que Bookchin rompt avec Arne Naess.