Le numérique, avenir des monnaies locales ? [Partie 1/2]

En écho à notre épisode du 13 octobre « Monnaies locales : de la Miel mais pas d’abeilles 
(PARTIE 1/2) En France, plus de 80 monnaies locales et complémentaires sont en circulation. D’abord mises en circulation sur papier, ces monnaies cherchent aujourd’hui à se numériser pour toucher un plus large public et permettre des transactions plus importantes.

 

A Ploërmel, en Bretagne, on peut payer ses courses en Galais. A Tournon-d’Agenais, dans le Lot-et-Garonne, c’est en Abeilles. Et au Pays Basque, en Euskos. Toutes ces monnaies locales reposent dans un premier temps sur un système de coupons en papier. Les utilisateurs se rendent dans des bureaux de change, donnent par exemple 15 euros et reçoivent en échange 15 Euskos. Ils se rendent ensuite dans les commerces du coin, l’objectif étant de favoriser les circuits courts en s’assurant que la monnaie circule au sein d’un territoire déterminé. Mais cela fonctionne surtout pour les petites sommes.

 

« On a des transactions entre professionnels qui vont de 500 à 1 000 Euskos, sachant que le plus gros billet que nous avons, c’est 20 Euskos. Je vous laisse imaginer les liasses de billets que ça représente… » sourit Iban Carricano, salarié de l’association Euskal Moneta, à l’origine de la monnaie du Pays Basque. Alors pour éviter les échanges de valises pleines d’argent, l’association a lancé la numérisation de la monnaie en 2017, soit quatre ans après sa mise en circulation. Ouvert en mars 2017, le système de compte en ligne a très vite rencontré un vif succès. « En novembre 2017 le nombre d’Euskos numériques a dépassé le papier, et ça continue d’augmenter depuis. En mars 2 021, il y avait 1 million 140 000 Euskos numériques. Ça représente  80% de la monnaie en circulation » détaille Iban Carricano.

 

Euskal Moneta a aussi lancé une application en juin 2020 : « Les commerçants ont un petit carton avec un QR code près de leur caisse. L’acheteur scanne le QR code, rentre le montant de la transaction et valide. Les commerçants ont juste à s’assurer que tout est bon, ils sont contents parce que c’est facile pour eux. » L’association planche sur une nouvelle version de l’application, qui permettrait notamment de faire des virements entre particuliers. 

 

C’est également pour faciliter les transactions que l’Abeille, pionnière des monnaies locales françaises, a lancé une version numérique il y a deux ans. Virginie Alix, vice-présidente de l’association « L’Abeille monnaie citoyenne », paie par exemple son loyer en Abeilles : «Avec cette somme, ma propriétaire règle ensuite en Abeilles les ouvriers qui viennent faire des travaux ». 

 

Renforcer l’impact sur le territoire 

 

Au-delà de l’aspect pratique, la numérisation permet également de renforcer l’ancrage territorial des monnaies locales. « Quand un adhérent à Euskal Moneta ouvre un compte en ligne, on lui demande de choisir une association qu’il souhaite parrainer. Elle recevra ensuite 3% de l’ensemble des dépenses de l’adhérent » explique Iban Carricano. En 2021, Euskal Moneta a ainsi reversé plus de 50 000 euros aux associations basques. 

 

Cette quête d’ancrage est aussi ce qui motive Cédric André, co-fondateur du Galais, la monnaie locale du pays de Ploërmel en Bretagne. « De prime abord, les gens ne voient pas trop l’intérêt de la monnaie locale, il y a un côté Monopoly mais pas forcément d’aspect vraiment positif pour le territoire ». Développer une version numérique du Galais permettrait, à l’instar de l’initiative « 3% eusko », de parrainer des organismes du territoire. Mais à elle toute seule, l’association n’a pas les moyens de financer cette numérisation.

Mathilde Lœuille