On ne naît pas femme, on en meurt

Chahinez B., brûlée vive par son ex-mari à Mérignac, est la 39e victime d’un féminicide en 2021. Françoise Courtiade, du collectif toulousain des droits des femmes, explique pourquoi la Société demeure si laxiste face aux violences envers les femmes.

Chahinez B. a été brûlée vive par son ex-mari ce mardi à Mérignac. Lequel avait déjà été condamné pour violences conjugales. La dernière plainte de cette mère de famille âgée de 31 ans remonte au 15 mars dernier. Alors qu’elle avait signalé le danger que représentait son ex-conjoint, il n’ était pour autant pas sous étroite surveillance. Le rassemblement en hommage à Chahinez B. , mobilisant 400 personnes est raconté dans Rue89 Bordeaux avec l’article de Victoria Berthet et Simon Barthélémy intitulé « Un féminicide barbare à Mérignac suscite une vague d’émotion et d’indignation » et dans l’épisode de Podcastine « Mérignac : chronique d’un féminicide annoncé ? ».
Françoise Courtiade, membre du collectif Midi-Pyrénées pour les droits des femmes, atteste de la responsabilité de l’État et constate que la violence envers les femmes est cautionnée par la société.

 Chahinez.B est la 39eme femme, en 2021, tuée par son conjoint ou ex-conjoint. Comment expliquer que de tels comportements existent encore aujourd’hui ?

Françoise Courtiade : Les images de notre quotidien – par les pubs, les films, les clips – véhiculent la culture du viol et la soumission de la femme. Encore aujourd’hui, les femmes sont considérées comme à disposition de la culture patriarcale et masculine. Tant que l’on ne prendra pas en compte le fait qu’une histoire d’amour se terminant par le décès d’une personne n’est pas un « crime passionnel » mais un meurtre voire un assassinat, selon la préméditation ou non, les droits des femmes ne connaîtront pas d’avancées significatives. CIL est donc juste de dire que l’« on ne naît pas femme, on en meurt » comme on pourrait lire sur les slogans toulousains des rondes collectives pour les droits de femmes que nous réalisons tous les premiers vendredi du mois. Ce tragique événement démontre bien que le schéma établi dans les relations sociales de couple restent celui de la domination d’un sexe sur un autre. La pensée est la suivante : « Tu es à moi. Tu me quittes, je te tue ». La culture patriarcale cautionne, voire impose, le droit à posséder et à disposer d’une femme comme on posséderait un meuble. En 2021, en France, c’est tout de même effroyable de constater que ces comportements et types de pensée perdurent…

Chahinez B. a été brûlée vive. D’après vos informations, ce genre de féminicide – marqué par l’ultra violence – est de plus en plus courant ?

Un féminicide, quelle que soit la manière dont il s’exprime, est déjà ultra-violent. N’oublions pas que l’année dernière, ce sont 100 femmes qui qui sont mortes sous les coups de leurs maris et c’est pour porter leurs voix et leurs histoires tragiques que nous réalisons des actions au palais de justice de Toulouse chaque mois. Mounir B., l’ex-mari de Chahinez B., est récidiviste : il avait déjà été condamné à 18 mois de prison dont six avec sursis. Il devait donc purger une peine ferme durant 12 mois, or il n’en a réalisé que trois. A sa sortie, non seulement il n’ a pas respecté les mesures d’ interdiction de prendre contact avec son ex-femme mais en prime personne ne le surveillait ! L’État, par la non-action de sa justice et de sa police, sont responsables de ce tragique et funeste événement.

Au-delà des mesures juridiques, une éducation à la déconstruction de la violence envers les femmes ne permettrait pas de restreindre les comportements violents à leur égard ?

Bien entendu ! Mais souvent, ça ne prend pas. Lorsque Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation sous la présidence Hollande, avait proposé la mise en place d’un abécédaire de l’égalité dans l’enseignement, ça a provoqué un tollé… On y rétorquait des arguments absurdes comme quoi les enfants garçons allaient devenir des fillettes, que c’était la perte de la masculinité etc. Ni le président Hollande, ni personne ne l’a soutenu. A ce moment-là, je me suis dit qu’on faisait partie d’un pays d’idiots. D’autant que les temps sont terriblement réactionnaires pour les femmes : on leur fait payer leur indépendance. La violence envers les femmes est une question centrale de politique qui touche tous les pays! En arrêtant les comportements violents, abus et de possession envers les femmes, le monde changera.

 

Crédit photo : Jason Leung I Unsplash

 

                                                                                                                   

                                                                                                                 Lisa Fégné