Le Précis – L’exil républicain en Aquitaine, un chapitre méconnu de l’Histoire 5/8

Il y a 80 ans, l’Espagne tombe aux mains du général Franco, entraînant un exode massif de réfugiés vers la France. Parmi eux, plusieurs milliers ont trouvé refuge en Aquitaine, où ils ont reconstruit leur vie. Dans cette série d’épisodes, Podcastine se penche sur l’accueil réservé aux Républicains espagnols dans le sud-ouest. Loin d’être une histoire du passé, ces récits montrent les traces qu’ils ont laissées et les combats que certains ont continués, parfois au sein de la Résistance. Épisode 5. 

 

À l’approche de la Caserne Niel à Bordeaux, on peut entendre rire des enfants qui jouent et les verres qui s’entrechoquent dans un bruit festif. Pourtant, derrière cette façade, se cachent les vestiges d’un passé sinistre. C’est le Professeur David Escobar, lui-même un républicain exilé, qui explique à Maria Valderrama l’histoire de ce lieu, qui a abrité près de 3000 républicains espagnols pendant la construction de la base sous-marine. La Caserne Niel a été réquisitionnée par les autorités allemandes et affectée à une organisation militaire connue sous le nom d’organisation Todt. Cette organisation avait pour mission de « réaliser tous les travaux concernant ce qu’on appelait le mur de l’Atlantique », un réseau de fortifications côtières destiné à protéger l’Allemagne contre toute tentative d’invasion. Et ce sont près de 3000 ouvriers, principalement des républicains espagnols. « Ils devaient se lever tous les matins à 4 ou 5 heures, c’était des conditions très difficiles, 12 heures de travail par jour, avec un salaire qui était symbolique et une alimentation notoirement insuffisante. » De terribles accidents se sont produits, lors desquels des travailleurs ont été engloutis par le béton ou ont tragiquement perdu la vie à la suite de chutes mortelles.

La base sous-marine et la Caserne Niel de Bordeaux sont désormais des hauts lieux culturels. Derrière leur attrait touristique se cachent des récits de républicains espagnols, enfouis au cœur de ces structures de béton. L’historienne Geneviève Dreyfus Armand s’est penchée sur l’exil des républicains espagnols et leur engagement dans la résistance contre l’occupation allemande. « Les Espagnols arrivaient dans le pays des droits de l’homme. Ils s’attendaient non pas à être reçus dans des palaces, mais ils se disaient que, s’ils aidaient les Français à se libérer du nazisme, les Français vont les aider ensuite à libérer l’Espagne du franquisme. » À leur arrivée en France, ils réalisent vite que l’ennemi qu’ils affrontent ici est le même qu’ils ont combattu en Espagne. Ils rejoignent les rangs des régiments de marche de volontaires étrangers (RMVE) et se lancent dans des opérations clandestines à haut risque. Malheureusement, leur contribution est entachée par des arrestations brutales, des déportations et des exécutions sommaires. L’histoire de la Caserne Niel et de la base sous-marine de Bordeaux rappelle les sacrifices de ces républicains espagnols en exil.

Agathe Hernier

Crédits photos : Atelier Bleu Corail