Le Précis – L’exil républicain en Aquitaine, un chapitre méconnu de l’Histoire 6/8

Il y a 80 ans, l’Espagne tombe aux mains du général Franco, entraînant un exode massif de réfugiés vers la France. Parmi eux, plusieurs milliers ont trouvé refuge en Aquitaine, où ils ont reconstruit leur vie. Dans cette série d’épisodes, Podcastine se penche sur l’accueil réservé aux Républicains espagnols dans le sud-ouest. Loin d’être une histoire du passé, ces récits montrent les traces qu’ils ont laissées et les combats que certains ont continués, parfois au sein de la Résistance. Épisode 6. 

 

Les récits des femmes exilées pendant la guerre d’Espagne, souvent reléguées à l’arrière-plan, s’effacent devant ceux des hommes. Leurs expériences peinent à trouver leur place dans les expositions et les ouvrages universitaires de cette période. Ce n’est que récemment que des chercheurs ont enfin commencé à se pencher sur leur vécu. Dans cet épisode, Maria Valderrama a eu l’opportunité d’interroger Rocío Negrete, chercheuse postdoctorale, sur ce sujet. « Nous constatons que oui, elles ont accompli des choses, mais elles n’y ont pas accordé d’importance et la mémoire qui a été tissée ne leur a pas donné d’importance non plus. » Pourtant, ces femmes ont traversé des épreuves traumatisantes lors de leur exil, elles ont survécu à trois années de guerre en Espagne, subissant des bombardements incessants et la terrible famine qui en découlait. Elles ont d’abord cherché refuge dans leur propre pays, puis à l’étranger, notamment en France, où l’accueil qui leur était réservé dépendait souvent de l’orientation politique des municipalités ou des départements.

« Pour éviter d’être rapatriées, la principale option disponible, c’est l’indépendance économique vis-à-vis de l’État. » Le travail devient un des seuls moyens d’intégration, qu’il s’agisse d’occuper des emplois domestiques, d’assister les femmes au foyer ou de travailler avec le bétail dans les zones rurales et dans l’agriculture. Certaines ont même été forcées de travailler sur les chantiers de construction de bases sous-marines organisés par les Allemands. C’est le cas de la grand-mère, la mère et la tante de Trinida Martha. « C’est quelque chose qui est totalement occulté, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Je ne veux pas faire de parallèles avec les conditions physiques des hommes, mais les conditions psychiques et morales sont les mêmes. » Malgré les étiquettes de « rouges dangereuses » qui leur étaient attribuées, ces femmes ont fait preuve d’une résistance inébranlable et d’un engagement politique sans faille. Elles se sont impliquées dans des actions de protestation, ont diffusé des journaux et se sont même lancées dans des activités d’espionnage. Face aux conditions difficiles dans les camps et aux tentatives de rapatriement en Espagne, ces femmes ont fait preuve de détermination, organisant des manifestations, des grèves de la faim et des protestations pour revendiquer leurs droits et améliorer leurs conditions de vie.

Agathe Hernier

Crédits photos : Atelier Bleu Corail